Voilà ce que j'ai trouvé en surfant 1 peu sur le net:
C'est plutôt rare d'avoir ce genre de retour & très instructif de voir comment (avec humour) nous sommes perçus sur 1 plateau & à côté.
En tout cas merci madame.
MACHINO MAN
Un jour, un journaliste demande à Steven Spielberg; « if stranded on a deserted island for the rest of your life, who would you bring »?
Et Spielberg de répondre, sans même réfléchir; « My key grip ».
Son chef machiniste. Oui. Pas sa femme (désolée Kate), pas ses enfants, son chef machiniste. Parce que Spielberg, il sait pertinemment, que si Tom Hanks avait eu un chef machino avec lui sur « Castaway », y’aurait pas eu de film. Pourquoi? Eh beh, parce que si Tom Hanks avait eu le key grip de Steven (au lieu de ce connard de Wilson), en moins de 24 heures, Tom aurait été bien à l’abri dans une cabane avec l’eau courante, l’antenne satellite fonctionnelle, le feu qui ronronne sous la grille et le poisson qui cuit dessus.
Comment? On ne sait pas trop, c’est mystérieux mais c’est pour ça qu’ils gagnent cher. Parce qu’on a beau être des artistes fulgurants d’émotions, d’imagination furibonde et de névrotique sensibilité, quand vient le temps d’opérer, c’est les grips qui font de la magie.
J’ai vu, un soir de première, un réalisateur faire monter son chef machiniste sur scène avec lui. Avant ses acteurs. Avant son producteur. Et l’étreindre comme s’il n’y avait pas de lendemain, au milieu d’une ovation monstre. Il faut dire qu’ils avaient tourné un road movie entre Brazaville et Ouagadougou. Déjà, sans faire de film, la route est digne d’Indiana Jones, l’humour en moins. Alors s’il faut installer une Ariflex sur le toit d’une Peugeot (on est en Afrique, on a les dolly qu’on peut) et faire en sorte qu’elle reste stable, ça tient du miracle.
J’ai connu un machino qui avait inventé un sytème de poulies tout autour d’un grand voilier pour riguer des caméras afin qu’elles puissent glisser de babord à tribord en restant à niveau. C’était sur « la Veuve de St-Pierre », le film de Lecomte. Si vous le louez, vous regarderez les images tournées en pleine mer. C’est un ballet dont la chorégraphie appartient au « rigging grip », le responsable des installations.
J’ai « entendu parler » d’une fille, qui pressentant un tournage difficile, s’était fait faire un t-shirt sur lequel on pouvait lire; « nobody fucks with me… but my key grip ».
On m’a aussi raconté l’histoire d’une autre fille qui a su qu’elle avait enfin atteint le sommet quand le chef machiniste et son best boy ont traversé la salle de la réunion de production la veille d’un tournage pour lui dire qu’ils avaient lu, et aimé, le scénario.
Telle une puce mexicaine sur le speed, elle a sauté sur place pendant trois jours. Le critique qui croit être redouté des auteurs, prouve de façon irréfutable sa très grande ignorance de la production. Il n’y a pas public plus exigeant qu’un grip. D’abord, il a pas le temps de lire, il est occupé à faire ses listes d’équipement. Ensuite, s’il lit, c’est distraitement les trois premières scènes ou alors les scènes « à rigs ». Mais l’histoire?! Soyons sérieux, les scénarios, ils traînent au fond des trucks, coincé entre deux tracks de dolly et les rouleaux de gaffer tape.
Normalement constitués, ils s’en tapent de l’histoire, les machinos.
Et c’est exactement pour ça qu’on les aime. Leur regard suprêmement pragmatique sur le cinéma. « Smoke and mirrors ».
Même chose face aux vedettes. Sharon qui? Ah. Ouais. Bof. On a un « dance floor » (un plancher d’équerre sur lequel la caméra pourra glisser comme une valseuse autrichienne à son premier bal) à installer, un dolly à pousser, une grue à monter, de l’éclairage à riguer, des soies à plier. Le star système ne les impressionne pas, c’est un doux euphémisme pour ne pas dire qu’ils s’en sacre comme de leur première blonde (la bière, pas la fille).
Le seul acteur, et c’est une légende, dont le nom suscite de l’émotion c’est Paul Newman. D’après les vieux, tous les midis, Newman prenait sa place dans la file, remplissait son cabaret et allait s’installer à la table des grips. Toujours d’après la légende, ça discutait hockey, course automobile et poker.
Ils vont en meute, comme les loups. Par clans. Il y a des familles célèbres où le métier se passe de père en fils. C’est une hiérarchie limpide. Peu importe qui tu es et d’où tu viens, tu commences en bas de l’échelle, t’es le « truck bitch » (celui qui fait le ménage du camion), et tu montes au fur et à mesure que tu donnes les preuves de tes compétences. Les mains pleines d’ampoules, tu te fais mettre à l’épreuve tout au long du chemin. Sans humour, tu crèves. Mais quand t’es accepté, c’est pour la vie.
Sans compter que pour se monter un répertoire de jokes de blondes, y’a vraiment pas mieux qu’un machiniste.
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